DS MAGAZINE, décembre 2000

BRUISSEMENTS. A DECOUVRIR:
L'ŒUVRE DE FREDERIC CLEMENT, PEINTRE ET POETE DES METAMORPHOSES

La petite collection d'ailes et d'âmes trouvées sur l'Amazone est une boîte expédiée à Annabel, rencontrée à Lisbonne et qui ignorait le nom du papillon tatoué sur son épaule. A l'amie, Frédéric Clément adresse son journal d'entomologiste, ses photographies et ses esquisses.

De longues nuits d'insomnies amazonniennes lui ont permis de découvrir que certains papillons ont une âme gravée sur leurs ailes.Le déchiffrage de ces précieuses cartographies entraine dans les dédales de lieux imaginaires, à la rencontre des personnages dont les ailes de ces papillons seraient la mémoire réincarnée.
Après ce livre jubilatoire, Frédéric Clément revient avec deux petits recueils, tout aussi uniques, Méthylène et Minium , deux " rêves rares " .
Le premier se situe à Barcelone, une nuit de pleine lune. Quelques notes minutieuses rendent leur saveurs à des évènements ordinaires, tandis que vingt quatre images esquissent les péripéties d'une lune étrange qui, d'oiseau , se meut en nuages, puis en vagues, en corps de femme, en cygnes enlacés avant de retourner à elle-même.
Le second Minium se tient à Paris en 1986, quai du Louvre. Le tempsest découpé en furtives secondes avec vingt quatre toujours, qui découpent les séquences d'un soleil couchant se métamorphosant en papillon, puis en femme, en fleur, en oiseau, pour s'achever en chrysallide.
Nathalie Cottin
Parole, N°45, printemps 2000 :

Dans la boîte,le livre, ce Muséum ou "petite collection d'ailes et d'âmes"Une miellée pour l'âme butineuse.

C'est d'abord un bel objet: une boîte de carton vert mais l'on dirait du bois peint; dessus, comme autant d'invitations au départ, des papillons dont les ailes sont des fragments de lieux imaginaires, d'anciennes cartes topographiques datant d'une époque où l'on dessinait encore des galions sur les mers et des montagnes aux sommets enneigés,trouvées sur l'Amazone". L'ouvrir est un enchantement: des pages de textes parsemées de pétales, d'étamines, de graines aériennes; des feuilles transparentes (celles du passage, du glissement entre le rêve et réalité) qui pourtant parviennent à retenir prisonnière l'image d'une fleur, d'une aile, ou la fibre d'une étoffe. Car Frédéric Clément est avant tout un esthète: un artiste aux yeux de qui le sens du beau, la mise en pages ne peuvent souffrir aucune concession et ne sauraient s'effacer devant aucun obstacle. Il a souvent mis son talent au service des enfants, illustrant dans un premier temps les textes d'autres auteurs, proposant de superbes livres "inclassables", difficulté dont le critique se sortait avec plus ou moins de panache en décrétant que l'ouvrage parlera aux enfants déjà grands et aux adultes ayant gardé une âme enfantine...

Muséum, ce sont des rêveries nées sur l'aile d'un papillon. Le narrateur, entomologiste-lépidoptériste, avait l'intention de tenir le journal de son séjour amazonien; ses heures de travail, de chasse, d'attente: la maison sur pilotis qu'il a fallu dégager de l'étreinte de la nature, la forêt qui se tait, épie, puis soudain déverse sur le nouvel arrivant " des seaux de bruits, ses sacs de cris". La miellée déposée aux creux des vieux arbres, orgie sucrée et fatale de centaines d'ailes" dégoulinant de liane en liane". Puis les heures d'insomnie, au cours desquelles le narrateur se penche sur la collection ailée, et c'est un puits redoutable, on appareille pour des contrées et des temps plus ou moins lointains, on entend des voix, des froissements d'étoffe, de draps, on est dans une chambre, ou sur une place vénitienne, ou dans un atelier.
De chaque papillon nait une histoire, celle d'un personage, célèbre ou simplement exemplaire, qui nous est toujours donné dans la nudité d'un instant. Nudité parce que le texte précède ou clôt fréquemment un épisode de volupté (érotique ou artistique); mais aussi parce que le lecteur est amené en quelques phrases au chevet d'une vie, spectateur un peu voyeur, parfois inquiet mais souvent émerveillé, d'un instant dérisoire (la brodeuse se pique le doigt) ou au contraire dramatique (l'écuyère chute gravement).

Ces histoires, c'est à une femme qu'elles sont offertes: " Je vous écris de ce bout de monde, de ce paradis éperdu d'oiseaux, ivre de papillons." Une femme qui est elle-même le "support" d'une rêverie, femme tatouée et donc à la peau écrite. Les ailes des papillons de l'enfance, que renferment des boîtes "élimées, graissées par les mains comme de vieux missels", sont elles aussi des lignes d'écriture, de légères empreintes où déchiffrer des vies.

Ces thèmes traversaient déjà les précédents ouvrages de Frédéric Clément; on les retrouve ici, plus que jamais, comme libérés par l'osmose du texte et du dessin.
Ainsi les ailes de braise et de charbon de l'Utheisa pulchella nous guident au bord du lit où une "madone à matelots" sourit à un "peintre d'un dimanche", un "Pablo de passage": Lola, dans un bordel de Barcelone, pose pour "l'homme aux doigts de charbon de bois". Plus loin, les verts et or de l'Arcas imperialis nous entraînent au Mexique, c'était il y a cinq cents ans, et le plumassier confectionnait pour l'empereur un manteau de turquoises et de jade, piquant, gravant, peignant, et enfin cousant cinquante-deux grelots d'or et les plumes de cinquante-deux colibris. Campo San Bartolomeo, janvier 1323; des ailes de neige piquetée du Spilossoma lubricipeda naissent des vagues de souvenirs: Messire Milione se souvient de ses nuits d'amour avec une princesse promise à un autre, et qu'en ce temps-là il s'appelait Marco Polo.
A vouloir observer l'Y du noctambule Autographa gamma, on se retrouve sur le pont d'un navire aux côtés de Yoshe, petit immigré russe en route pour son rêve américain, et quel est cet autre Y si mystérieux qu'un homme a dessiné à la craie blanche sur l'épaule de l'enfant- yes? Cinquante ans après, le bateau de retour laisse derrière lui un sillage qui "s'étire et se sépare plus loin en deux branches blanches". Enfin, voici Nabokov dans sa chambre du Montreux Palace, Nabokov dont l'âme bleue "comme la brume qui monte" mais aussi comme le fragile Plebejus argyrognomon, s'échappe en cette nuit de juillet 1977...

Beaucoup de symboles, de coïncidences sonores, d'allitérations: le texte de Frédéric Clément est écrit sur le mode du rêve éveillé, c'est à dire de l'échappée, de la pensée butineuse, de la divagation poétique pour qui tout est passerelle et prétexte à vagabondage. Un temps d'arrêt cependant, pour se souvenir et s'imaginer que toute existence, aussi modeste soit-elle, est exemplaire.

Une suite de trois ou quatre photographies en noir et blanc achève chacune des douze histoires: brefs instants "fimés" qui prologent encore le rêve et lui donnent, s'in en était besoin, une nouvelle profondeur.

Enfin, à côté des dessins presque insaisissables de finesse, voici de la matière brute, des mises en scène sur une pleine page, fourmillement de teintes, de textures, collages et découpages où l'on retrouve les motifs récurrents chers à l'auteur: le monde du cirque, les accessoires de l'écrit, le livre dans tous ses états...

D'une aile à une autre, d'une âme à une autre, on se laisse porter par l'inépuisable capacité de rêve qu'offre cet ouvrage illustré... pour les adultes; ou pour les grands enfants; ou les enfants qui auraient en eux un peu de la gravité des adultes."

                    Sylvie Neeman

MARIE-CLAIRE , décembre 99 : Les Bonnes idées

"Un livre-objet qui révèle les multiples talents d'illustrateur et d'auteur de Frédéric Clément. Un album en forme de voyage sur les bords de l'Amazone, où un entomologiste décrypte le parcours et les humeurs de personnages mystérieux et attachants . "

     

Un Livre, un jour , France 3 , 18h 48 , 7 décembre 99 :

"...Muséum , qui fait appel à tous les sens..." Olivier Barrot

     

SPECTACLE DU MONDE, décembre 99 :

"C'est d'abord une boite de voyage au vert délavé par le soleil. Elle protège un livre en forme de carnet de route qui regroupe une " petite collection d'ailes et d'âmes trouvées sur l'Amazone". De Tabatinga (Brésil ) , l'auteur écrit à son éditeur pour lui confier son " journal d'entomologiste, mes notes , mes photographies, mestremblantes esquisses".
Ce dernier en fait un livre unique que l'on touche comme un bel objet et que l'on regarde comme on rêve à une aventure lointaine. "
( Vincent Trémolet de Villers )

     

ATMOSPHERES, décembre 99 :

"Une machine à rêver orchestrer par un esthète à la fois écrivain, illustrateur, photographe et maquettiste. Plusieurs fois primé pour ses oeuvres,
Frédéric Clément nous livre le journal intime d'un entomologiste pas
comme les autres, vivant sur les bords de l'Amazone. Il est question de papillons mais plus encore de voyages et de rencontres inoubliables. Un ouvrage original et très poétique dans son approche comme dans sa réalisation. "

     

24 heures, Lausanne, novembre 99 :

    " De Nabokoviennes évocations.

Frédéric Clément déchiffre les messages inscrits sur les ailes de douze papillons.
L'objet aurait probablement enchanté Vladimir Nabokov, qu'on y retrouve d'ailleurs dans le récit final évoquant divers moments de sa vie, jusqu'au dernier jour baigné de bleu lémanique, en juillet 1977.
La chose se présente sous la forme d'une belle boite imitant le bois vert, ornée de papillons aux ailes faites de fragments de cartes topographiques, dans laquelle se trouve une sorte de carnet de bord composite et richement enluminé d'objets et d'images érotico-poétiques. Y alternent le récit journalier du séjour d'un lépidoptériste retiré quelques temps du monde dans une case sur pilotis dominant le rio Tabatinga, au milieu d'un Eden amazonien " éperdu d'oiseaux, ivre de papillons" et douze récits-évocations pour ainsi dire dictés par les " papillons d'insomnies " que l'entomologiste a "cueillis" un peu partout dans le monde et dont la contemplation aboutit ici à autant de voyages dans l'espace et dans le temps ?"
( Jean-Louis Kiiffer)

     

Magazine Littéraire, décembre 99 :

D'une expédition imaginaire en Amazonie, l'auteur a rapporté un carnet de voyage qui est une sorte de rêverie au long cours.
Parti à la chasse aux papillons il a composé une petite collection d'ailes et d'âmes qu'il livre au lecteur, glissée qui s'apparente d'abord à un colis postal. C'est en fait un écrin . Mots et illustrations y ont été soigneusement disposés, pareils à ces fleurs séchées que l'on glisse entre les pages d'un livre. Ce Muséum d'une histoire peu naturelle vaut le détour."

     

Le REPUBLICAIN LORRAIN, novembre 99 :

" Muséum est une petite collection d'ailes et d'âmes trouvées sur l'Amazone . Fragile est le mot qui vient à l'esprit lorsqu'on entre dans ce livre magnifique, présenté sous la forme d'un coffret.
On l'aura deviné , il s'agit d'un journal d' un entomologiste. Mots précieux, mots pour le dire, émotions plus que des images de papillons , avec , gravés sur leurs ailes , les instants les plus importants d'une vie. Somptueux . "
( Gérard Oestreicher )

     

LE PARISIEN, 3 décembre 99 :

"Avec les fêtes fleurissent les livres coffrets. Un livre coffret est un livre qu'on ouvre deux fois : par le couvercle, d'abord, qui réveille les magies d'enfance puisqu'on ne sait jamais ce qu'on trouvera dans la boîte. Puis vient l'ouvrage lui même qui dévoile parfois, mais pas toujours.
Sauf celui-ci. "Muséum" est à la fois un roman, un objet d'art, une histoire d'amour et un petit morceau de poésie?
Ce livre rêveur et coloré, mystérieux et voyageur, offre de nombreuses pages imprimées sur papier de riz. Il fera plaisir aux amoureux de la nature, aux amoureux des livres, aux amoureux tout court. C'est un objet délicat que l'on referme avec la sensation d'avoir traversé un rêve, un instant effleuré par la poudre impalpable de papillon "
( Pierre Levasseur )

      

Le Nouvel Observateur, n° 1832, 16-22 décembre 99 :

Sphinx, noctuelles et autres créatures ailées sont les principaux acteurs de ce délire mystico-entomologique projeté sur écran blanc en pleine jungle. Un écrivain sur pilotis nous invite à le suivre à travers son exhibition surréaliste dans laquelle végétation et littérature s'entremêlent, où l'on décrypte des tableaux comme des poèmes et où l'on observe des textes fiévreux comme une aquarelle. Un trésor artistique (soigneusement rangé dans un coffret comme pour éviter qu'il ne s'envole) à garder en évidence, tant dans sa bibliothèque que dans un petit coin de son âme. (S. M)

      

Le Monde , vendredi 17 décembre 99 :

Petite merveille que ce coffret où se niche le journal fictif d'un entomologiste à la découverte de papillons précieux d'Amazonie. Ces esquisses, photographies, herbiers sur papier pelure, glacé, sont agrémentés de notes de voyage qui épousent les univers enchantés de Kubilaï Khan, empereur mongol, Itzpapatotl, artisan plumassier aztèque, d'Utamaro, Marco Polo, Vladimir Nabokov. ( J.L. D )

LA CROIX, 11 décembre 99 :

Voici un objet non identifié et infiniment séduisant : un livre mystérieux enfermé sous coffret , des pages dont l'inventivité allie l'écriture, l'illustration , la photographie , la recherche typographique, les différentes qualités de papier. De quoi est-il question? Mettons de l'histoire d'un entomologiste, parcourant la jungle amazonienne à la recherche de papillons rares. Mais peu importe : ce Muséum est surtout une rêverie poétique et précieuse .

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